Mazaam, une application qui ouvre les enfants à la musique classique

Dans les écoles du Québec, les jeunes ont de moins en moins accès à la culture, et en particulier à la musique. C’est pourquoi François-Mario Labbé, président-directeur général de la maison de disques Analekta, a décidé de créer Mazaam, une nouvelle application qui soutient le développement des enfants grâce à la richesse de la musique classique. Entrevue.

Si vous avez lancé Mazaam, c’est entre autres parce que vous sentez que la transmission de la culture, et en particulier de la musique classique, est de plus en plus négligée. Quelle en est la raison ?

Comme le disait Kent Nagano dans son dernier livre : « Classical music could be gone in a generation » (« La musique classique pourrait avoir disparu dans une génération »). Il y a un manque d’éducation et d’accessibilité à la musique classique dans les écoles en Occident. Depuis la génération des baby-boomers, qui a grandi avec les valeurs de reconstruction de l’après-guerre, la science et les mathématiques sont devenues primordiales. Tout le reste a été négligé, notamment les arts. C’est d’ailleurs la première fois, dans l’histoire de l’humanité, que l’on a séparé les arts de la science.

Je suppose qu’il est d’autant plus difficile d’aller chercher des subventions gouvernementales aujourd’hui ?

Le gouvernement investit beaucoup moins dans l’éducation musicale. Les arts, et notamment la musique, sont les parents pauvres de notre système scolaire. C’est une situation qui s’observe non seulement au Canada, mais partout en Occident. Chez Analekta, on a donc décidé d’apporter notre propre solution, en sensibilisant les tout-petits aux éléments fondamentaux de la musique. L’application Mazaam est basée sur une méthode pédagogique élaborée avec la Chaire de recherche du Canada en musique et apprentissages de l’Université Laval. Sa création a demandé deux ans et demi et des investissements importants.

Le but de Mazaam, c’est donc d’offrir un outil qui expose de nouveau les enfants à la musique classique ?

Oui. On espère d’abord sortir les enfants de l’isolement numérique. Avec Mazaam, le tout-petit découvre la musique de manière très ludique, et les parents l’accompagnent dans sa démarche. L’enfant joue, détecte et repère par association la hauteur des sons, le tempo, l’intensité, le timbre ou encore l’harmonie. Toute la musique est faite avec de vrais instruments. Elle a été puisée dans plus de 600 albums du catalogue d’Analekta et de l’Orchestre symphonique de Montréal.

Pourquoi trouvez-vous si important de leur offrir ce contact ?

Depuis 30 ans, chez Analekta, nous constatons l’érosion de la musique classique partout dans le monde, et en particulier chez nous. Or, plus tôt on développe l’écoute musicale chez les enfants, plus tôt on ouvre leurs horizons. Nous voulons qu’ils entendent nos grands orchestres, nos grands solistes, nos grands compositeurs. Qu’ils s’ouvrent à la beauté et à la grandeur de cette musique. Ensuite, lorsqu’ils feront leurs propres choix d’écoute, elle fera partie de leur univers, au même titre que d’autres styles musicaux. Les enfants sont les futurs ambassadeurs de la musique classique !

À long terme, espérez-vous que le classique intéresse davantage les futures générations ?

Oui, et les millénariaux semblent déjà avoir un regain d’intérêt pour la musique classique, car beaucoup ont observé le trou béant laissé par les générations précédentes. À la décharge de ceux qui ont délaissé la musique classique, il fut un temps où elle était effectivement la chasse gardée d’une élite bien pensante, un art réservé aux plus fortunés. Chez Analekta, on a toujours pensé le contraire. On l’a présentée, simplement, comme une musique belle à écouter. D’autres artistes l’ont aussi démocratisée, comme la violoniste Angèle Dubeau ou l’Orchestre symphonique de Montréal, avec sa série de concerts OSM POP. Il ne faut pas avoir peur de s’y intéresser !

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