Entrevue avec Hélène Lévesque, conseillère pédagogique en musique

Hélène Lévesque est très active et impliquée dans le milieu de l’éducation musicale. Nous l’avons rencontrée afin qu’elle nous parle de son métier et de la réalité de l’enseignement de la musique du préscolaire au secondaire.

En quoi consiste le métier de conseiller pédagogique en musique ?

Un conseiller pédagogique a plusieurs rôles. Je renseigne, conseille et soutient les écoles en lien avec l’application des programmes, les méthodes d’enseignement et d’évaluation, la gestion de classe, le choix du matériel didactique et tout ce qui a trait à la pédagogie musicale en général. Aussi, afin d’offrir le plus d’opportunités possible aux élèves et de créer des ponts avec la communauté, j’ai établi des partenariats à l’extérieur de la commission scolaire. Je développe des projets avec l’Orchestre métropolitain, la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), l’Opéra de Montréal, l’UQAM, l’UdeM et d’autres organismes. J’aime beaucoup construire des activités pédagogiques qui permettent aux enseignants de travailler le programme à travers des activités stimulantes et riches.  Je réponds autant aux directions d’écoles qu’aux enseignants.

Depuis quand êtes-vous conseillère pédagogique ?

Ça fait 11 ans cette année. Mon grand bonheur, c’est de pouvoir me consacrer uniquement à la musique. Je travaille avec le primaire et le secondaire. Parfois on fait appel à moi pour le préscolaire, mais les cours de musique ne sont pas obligatoires dans le programme des tous petits. Le préscolaire requiert donc une approche différente et c’est toujours avec plaisir que je collabore avec mes collègues qui souhaitent développer la musique au présco.

Et que faites-vous plus particulièrement lorsque vous travaillez au préscolaire ?

Au préscolaire, un spécialiste en musique ne voit les groupes qu’une demi-heure par semaine environ, alors qu’au primaire et au secondaire ils ont des cours d’une heure. Trente minutes, c’est très court ! Il faut bien planifier et user de stratégies variées pour être efficace dans le temps alloué. Comme il n’y a pas de programme officiel à suivre en musique au préscolaire, ni d’évaluation, il n’y a moins de pression lorsqu’on enseigne. Nous inculquons plutôt des savoir-être et des savoir-faire et la musique est un outil idéal pour faire ces apprentissages. Ce qui est intéressant, c’est que l’élève est à une étape de son développement où tout est nouveau. On peut s’amuser tout en inculquant toutes sortes de notions tels que ce qui est vite, lent, haut, bas, fort, doux, ce qui monte et descend, ce qui est court, long, un entier ou une demie, « de plus en plus fort », « de plus en plus doux », l’accélération, le ralentissement, ce qu’on aime ou non, etc. On développe aussi beaucoup la socialisation et l’estime de soi. La musique permet aussi à l’élève de s’exprimer, découvrir sa personnalité, agir sur le plan moteur et sensoriel, mener à terme un projet et élargir sa compréhension du monde. À cet âge, la musique est un outil parfait pour développer la conscience phonologique surtout avec les élèves allophones, puisque l’initiation à la langue se fait de façon très douce, dans un contexte ludique et agréable.

Avez-vous eu un autre emploi avant de travailler dans le domaine de l’éducation musicale ?

Non, j’ai toujours voulu deux choses toute ma vie, c’est jouer de la musique et l’enseigner. Mon premier poste, je l’ai eu à l’école de musique de Baie-Comeau sur la Côte-Nord alors que j’étais encore au secondaire et je n’ai jamais arrêté depuis. Côté interprétation, j’ai fait une maîtrise en interprétation en musique ancienne à McGill. J’ai toujours aimé jouer et enseigner, du plus loin que je me rappelle.

De façon plus personnelle, comment vous est venu cet attrait pour la musique ?

Quand mes parents se sont rencontrés, ils avaient tous les deux les mêmes disques, les mêmes symphonies que j’ai écoutées en boucle durant mon enfance. J’ai construit mon imaginaire musical à partir de la musique classique. Mon père aimait beaucoup écouter l’opéra du samedi et je pense que ça m’est resté, puisque j’ai maintenant un plaisir fou à développer des projets pédagogiques avec l’Opéra de Montréal et l’Orchestre métropolitain. J’ai envie de partager cette passion avec les élèves et leur permettre de vivre des moments exaltants grâce à la musique. Adolescente, j’étais une personne assez timide et réservée, alors je sais quel impact positif cet art peut avoir dans la vie d’un jeune.

Vous êtes très active et impliquée dans le milieu de l’éducation musicale au Québec, pouvez-vous nous parler de certains projets que vous menez ?

Les deux premiers partenariats officiels que j’ai développés en entrant en poste il y a onze ans ont été avec l’Orchestre Métropolitain et la Société de musique contemporaine du Québec. Ce sont des partenaires que j’estime beaucoup, car ils croient sincèrement à l’importance de s’impliquer en éducation.  Ce que j’adore avec la Société de musique contemporaine du Québec, c’est l’aspect musique d’aujourd’hui. Ça permet aux élèves de démystifier tout le volet création qui est dans le programme du ministère. C’est vraiment riche et stimulant de travailler avec des compositeurs d’ici et de créer du matériel pédagogique en lien avec leurs œuvres. Il y a des compositeurs incroyablement talentueux qui vivent à Montréal et il faut les faire découvrir aux élèves. Avec l’Orchestre Métropolitain, c’est un bonheur toujours renouvelé d’imaginer de nouveaux projets. Ça permet aux élèves de rencontrer des Montréalais qui font des carrières internationales en musique alors que la plupart des enfants ne savent même qu’il y a de tels musiciens dans leur ville, voir même dans leur quartier. C’est important que les enfants soient en contact avec de la musique vivante très jeunes et qu’ils en entendent beaucoup. Pas seulement de la musique symphonique évidemment, la musique du monde, le jazz, le hip-hop, tous les styles sont importants et développent un langage et un imaginaire différent. On a ce devoir d’ouvrir les oreilles des enfants et d’élargir leurs horizons et leur faisant écouter le plus de genres possible.

Comment pensez-vous que va évoluer l’enseignement de la musique au préscolaire dans les prochaines années ? Quelle va être son intégration ?

Au préscolaire, il y a beaucoup de sensibilisation à faire. Je donne parfois de la formation aux enseignants du présco, car ils pensent ne pas avoir les compétences pour enseigner la musique s’ils ne sont pas eux-mêmes musiciens. Il faut insister sur le fait que la musique peut réellement aider les enfants à intégrer tous les savoir-être et les savoir-faire. La musique est un atout incroyable pour apprendre, elle facilite l’intégration des apprentissages. Il y a les chansons, les comptines et une multitude d’activités et de jeux musicaux qui permettent de travailler et d’apprendre tout en s’amusant.  La musique c’est du gros plaisir et apprendre dans le plaisir, lorsqu’il y a une intention pédagogique claire, c’est toujours très efficace. Le milieu préscolaire est très ouvert. Il faut continuer de travailler ensemble et créer des ponts pour favoriser la réussite éducative des tout-petits.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Je suis convaincue qu’il est important de donner le goût de la musique à tous les enfants. Je crois beaucoup au fait qu’un jeune qui a une bonne formation artistique de base, autant en musique qu’en arts plastiques, en danse ou en art dramatique, est mieux outillé pour devenir un être complet et heureux. Mon rêve est de donner accès à la musique à tous les enfants, à tous les niveaux. On n’en est pas encore là, mais on y travaille fort.

Vous êtes curieux et souhaitez faire bénéficier les enfants des aspects positifs de la musique ? Mazaam vous propose deux solutions :

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